Focus métier : Dr. Odile Pinard, pédiatre

Publié le 20 avril 2019

Odile Pinard exerce le métier de pédiatre depuis 30 ans. Dans son cabinet à St-Sébastien-sur-Loire, elle reçoit les enfants et leur famille avec un engagement sans faille. Son attention se porte notamment sur la prévention du surpoids, le trouble nutritionnel hélas le plus fréquent chez les enfants.

Pourquoi vouliez-vous devenir pédiatre ? Quel a été votre parcours ?

J’ai toujours voulu soigner les enfants et j’ai eu la chance que mes parents me soutiennent pour réaliser mon rêve, malgré mon problème de dyslexie. Moi, je ne me sentais pas capable de faire de longues études.  J’ai fait mes études de médecine à Paris, puis j’ai eu le concours d’internat au CHU de Nantes où je suis arrivée en 1980. J’y ai fait également mon clinicat, puis j’ai décidé de m’installer en libéral. Je suis arrivée au cabinet de la Martellière à Saint-Sébastien-sur-Loire en 1988 et j’y suis restée ! J’étais alors la seule pédiatre du cabinet, maintenant nous sommes trois. La population est très sympa dans ce quartier. Parfois des familles viennent de loin (Redon, Machecoul, l’Ile d’Yeu…), notamment en raison de ma spécialité sur l’asthme de l’enfant.

Quels sont les problèmes nutritionnels que vous rencontrez le plus souvent chez les enfants ?

Ils sont nombreux ! Dès la naissance, il y a les petits qui ne mangent pas ou plus, pour des raisons physiques ou psychologiques. Cela suscite beaucoup d’inquiétudes chez les parents. Puis arrive l’âge de la néophobie alimentaire, et là il faut faire comprendre aux parents de ne pas entrer en conflit avec l’enfant. Pour ceux qui ont un trouble de l’oralité, un travail avec un orthophoniste donne des résultats positifs. Je rencontre aussi quelques cas d’anorexie, mais c’est plutôt marginal. Et puis il y a le surpoids ou rebond d’adiposité (jusqu’à 6 ans), qui est le problème nutritionnel le plus fréquent : j’en vois pratiquement un par jour.

Quelle est votre prise en charge du surpoids ?

La plupart du temps, je prends en charge moi-même ces enfants. Je les questionne sur le grignotage, s’ils prennent un petit déjeuner ou un goûter, également sur les écrans et l’activité physique. Parfois je préconise une enquête alimentaire sur 3-4 jours, pour déterminer ce qui est positif et ce qu’il faut améliorer. Je fais en sorte de responsabiliser l’enfant s’il est suffisamment grand. C’est évident que la psychologie joue un grand rôle, aussi bien avec les enfants qu’avec les parents.

Est-ce qu’il vous arrive de travailler avec d’autres professionnels ?

Je peux proposer une prise en charge complémentaire avec un médecin nutritionniste car cela peut être utile qu’on soit deux à transmettre les mêmes messages. Pour les pédopsychiatres c’est plus compliqué, il n’y en a pas sauf dans quelques CMPP (1). Sur l’activité physique, beaucoup d’enfants font un sport dans une association ou un club. Cela étant, il existe d’autres façons de bouger, faire une balade en famille le week-end ou danser 15 minutes en rentrant de l’école si on aime cela. Dans des cas extrêmes (obésité sévère), je peux parler de l’ESEAN (2) qui propose un programme ETP mais c’est très compliqué car c’est une hospitalisation complète sur un trimestre et il faut l’accord de l’enfant.

Pouvez-vous nous parler du nouveau programme ETP “surpoids de l’enfant” ?

Ce programme à destination des enfants en surpoids et de leur famille a été lancé en mars dernier. L’adressage se fait essentiellement par les médecins traitants et la médecine scolaire. Le surpoids n’est pas évident à aborder avec les parents car pour eux ce n’est pas une maladie, donc ils pensent pouvoir se débrouiller seuls. La prévention est pourtant la meilleure solution, il est important de prendre en charge les enfants en amont. Tous les enfants de la première session du programme ETP étaient d’origine maghrébine, il faut aussi tenir compte de l’image du corps qui n’est pas toujours la même selon les cultures.

Quelles sont vos difficultés et satisfactions face à des enfants en surpoids ?

Le plus compliqué, c’est quand toute la famille est obèse et que personne ne veut en entendre parler, qu’il y a un déni. Par contre, c’est déjà une victoire quand on arrête la montée du poids, afin que l’enfant puisse grandir sans grossir.

Vous partez en retraite en octobre prochain…quel regard portez-vous sur votre parcours ? Que diriez-vous à un jeune pédiatre ?

Je suis heureuse de mon parcours de pédiatre, je ne me suis pas trompée de vocation ! A un jeune pédiatre, je dirais de s’accrocher et de foncer s’il est passionné par ce métier. L’écoute est très importante, il faut d’abord s’adresser à l’enfant lors d’une consultation. L’empathie aussi compte beaucoup, mais il faut parfois savoir prendre de la distance. Et puis je lui dirais qu’on a jamais fini d’apprendre et qu’il faut ouvrir les yeux sur les avancées de la médecine. Et à côté, faire une activité complémentaire au cabinet (formation, réseau…).

Propos recueillis par Anne-Cécile Adam

(1) CMPP : centres médico psycho pédagogiques
(2) ESEAN : Etablissement de Santé pour Enfants et Adolescents de la région Nantaise