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SRAE Nutrition

Témoignage obésité : Stéphanie, 44 ans

La SRAE Nutrition termine sa série de témoignages consacrés à l’obésité et à la chirurgie bariatrique. Stéphanie nous a accueillis dans sa maison à La Poitevinière, en pleine campagne angevine. Son parcours fait réfléchir sur l'image de soi et le regard des autres.

Stéphanie Arrijuria_2

Stéphanie est née au Pays Basque, dans une famille où sa grand-mère pesait plus de 260 kg et sa mère 110 kg. Elle commence un régime très strict dès l’adolescence : « le médecin traitant s’inquiétait de mon poids au vu de mon hérédité ». Un régime d’autant plus difficile que dans la famille, il y a des chefs-cuisiniers qui savent mitonner de bons petits plats et que Stéphanie est gourmande : « surtout le sucré, je suis addict au chocolat. Quand j’étais jeune, je volais dans les placards, tout mon argent de poche y passait ».

Les kilos, malgré le sport
A l’adolescence, elle continue à prendre du poids, même si elle fait beaucoup de sport : « j’ai fait Sport Etudes, je pratiquais le hand-ball, le tennis, le vélo… En fait cela m’a sauvé, cela m’a donné une bonne musculature pour me mouvoir, même obèse ». Elle n’a pas vraiment de mauvais souvenirs de cette période. C’est plus tard, dans le cadre professionnel, que les choses se compliquent. Stéphanie a choisi le métier d’aide-soignante : « dans le secteur médical, ce n’est pas là où les gens sont les plus tolérants ».

Manger pour compenser ses émotions
Les années passent et le poids de Stéphanie ne cesse d’augmenter. En 1999, elle pèse 258 kg. Elle est contre les opérations mais a conscience que sa santé va se dégrader en vieillissant. Elle réalise qu’elle n’y arrive pas malgré ses efforts : « je faisais attention à réfréner mes pulsions sur le sucré, à manger plus équilibré, à poursuivre le sport ». Elle entame un suivi psychologique pour soigner son hyperphagie : « j’ai vécu des choses pas faciles dans ma vie, alors j’ai compensé avec la nourriture. J’ai fait un travail pour pouvoir distinguer la faim de mes pulsions liées aux émotions ».

La première intervention
Quand une endocrinologue lui parle d’opération pour la première fois, à l’époque il n’y a que l’anneau gastrique : « ils ne savaient pas si la table d’opération allait supporter mon poids ! ». L’intervention lui permet de perdre une quarantaine de kilos, mais un accident l’oblige à se faire retirer l’anneau. En fait, elle passera deux mois à l’hôpital dans un état grave pour une infection nosocomiale.

Par la suite, Stéphanie reprend tous ses kilos. A cette époque, elle vit une séparation et perd son travail. La recherche d’emploi n’est pas simple : « pour être embauchée en CDD, je devais faire une journée d’essai pour prouver que je pouvais me déplacer. On me disait également qu’il n’y avait pas de tenue à ma taille ».

Sleeve, by-pass, switch : un parcours éprouvant
En 2003, Stéphanie a toujours en tête que son état n’ira pas en s’améliorant, elle décide de se faire opérer d’une sleeve à Bayonne. Ce n’est qu’une première étape, elle doit perdre une quarantaine de kilos pour ensuite faire un by-pass. En 2004, le by-pass est pratiqué et lui permet de perdre en tout 90 kg. C’est à cette époque qu’elle rencontre sa compagne Aurélie et décide de déménager dans le Maine-et-Loire pour se rapprocher d’elle.

A l’occasion d’une sortie en 2012, Stéphanie reste bloquée, elle ne peut pas se relever : « j’ai réalisé que 170 kg, c’était encore trop ». Elle prend rendez-vous avec un chirurgien à Angers qui lui parle d’une autre intervention, le switch duodénal. Elle se fait opérer en 2013 et descend à 105 kg. Malheureusement, sa santé s’est dégradée depuis l’intervention : « dès que je mange, je vomis, je m’étouffe. A cause des acidités, je perds mes dents. Comme je ne peux plus m’alimenter, je suis dénutrie ». Malgré son état de faiblesse, elle reprend son travail. Mais elle est tellement épuisée qu’elle fait une chute dans les escaliers et se luxe deux doigts : « depuis, j’ai des douleurs permanentes et je ne peux plus travailler, je suis reconnue comme travailleur handicapé ». Un deuil professionnel douloureux.

Un manque d’écoute du corps médical
Quand elle repense à la réaction de son chirurgien quand elle lui a parlé de ses problèmes, Stéphanie est en colère : « il m’a dit que c’était dans ma tête et que je devais me faire soigner ! ».  Elle réclame des examens qu’on lui refuse, jusqu’à ce qu’elle menace de se faire soigner au Pays Basque. Finalement, on accepte de lui faire une fibroscopie et on découvre que son clapet anti-reflux de l’estomac a « disparu » ! Stéphanie revoit alors son chirurgien et une opération est programmée fin juillet 2017. Il doit essayer de faire un nouveau clapet, ou de retirer le switch si ça ne marche pas. Stéphanie sait que dans ce cas, elle risque de reprendre du poids : « je me suis faite à l’idée, la priorité c’est ma santé. Mais je ferai tout pour ne pas reprendre mes kilos ».

Un parcours nécessaire ?
Quand Stéphanie regarde son parcours, elle se dit : « à l’adolescence, à 110 kg, je n’étais pas si mal ». Aurélie poursuit : « si on ne l’avait pas autant stigmatisée, elle n’aurait pas eu tout ce parcours ». Stéphanie ajoute : « J’ai dépensé beaucoup d’énergie pour être entendue. Si je reste à 105 kg, c’est bien, même si pour la société c’est trop. De toute façon, je ne rentre pas dans les cases ». Et quand elle évoque son quotidien : « Les enfants d’Aurélie m’aident beaucoup à m’accepter, ils m’aiment comme je suis ». Un regard qui va au-delà des normes et de l’apparence, ça n’a pas de prix.

Propos recueillis par Anne-Cécile Adam

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