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SRAE Nutrition

Témoignage obésité : Soad, 48 ans

La SRAE Nutrition démarre une série de témoignages consacrés à l’obésité et à la chirurgie bariatrique. Soad est la première à nous accueillir chez elle à Angers pour nous raconter son parcours.

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Soad est née au Maroc, dans un contexte familial favorisé. « Chez nous, ce n'était pas la cuisine traditionnelle à tous les repas, on mangeait plutôt sain et équilibré ». A sa naissance, Soad est un bébé chétif, ce qui a beaucoup inquiété ses parents : «il y a une tendance au surpoids dans ma famille, mais nous on dit en bonne santé ! Pour que je prenne du poids, on m'a fait des injections, on m’a donné des fortifiants… A 13 ans, je me suis retrouvée en surpoids. Mon premier régime, je l'ai fait à 15 ans. Je me souviens, c'était de la soupe au chou ! ».

Une vie active au Maroc
En grandissant, Soad doit affronter les regards, en particulier celui des hommes : « j'ai entendu des remarques déplacées plus d'une fois dans la rue ». Cela ne l'empêche pas pour autant de mener une vie dynamique : « je suis devenue fonctionnaire, je travaillais à l'Institut agronomique de Rabat, au service édition. J'avais également une implication syndicale active ». Une couturière lui fait ses habits sur mesure. Soad admet cependant qu'elle ne faisait pas suffisamment attention à son alimentation par rapport à sa tendance à la prise de poids.
Elle décide alors de consulter un endocrinologue qui va la suivre pendant huit mois. Au moment où elle arrive en France en 2006, Soad a perdu 20 kg. Malheureusement des problèmes de couple lui font reprendre du poids.

Une fragilité psychologique
Elle va multiplier les régimes, les coupe-faim, son poids fait le yoyo sur la balance. « J'ai commencé à avoir des douleurs aux genoux, aux pieds et dans le dos. C'est devenu difficile pour moi de faire le ménage, la vaisselle. Je ne me reconnaissais plus, je pleurais, mon mari ne me comprenait pas ». A côté de cela, son travail au service réclamations d’une entreprise est loin d’être facile : « c’est éprouvant d’être confrontée à la colère des clients tout au long de la journée, cela me pompe l’énergie que je dois consacrer à ma santé ».
Son médecin traitant l'envoie alors au CHU pour consulter un endocrinologue. La question d'une intervention est abordée. Ce sont les réunions de l'association Osez 49 qui la décident à franchir le pas, « puisque cela avait marché pour d'autres personnes ».
Elle va être suivie pendant un an et demi au CHU avant d'être opérée d'un by-pass en septembre 2015 dans une clinique. Mais son couple va mal et Soad divorce : « je suis tombée dans la dépression et j'ai tout abandonné : le protocole diététique avec les collations, l'activité physique. J'ai fait plusieurs hospitalisations pour des hypoglycémies. J'étais en colère contre tout le monde ». Du fait de ses difficultés psychologiques, elle vit mal le suivi post-opératoire dans le cadre de sa prise en charge en Centre SSR (Soins de Suite et de Réadaptation) . Elle est mise en arrêt de travail en décembre 2016 et fait un court séjour dans un centre de repos.

Vers la réconciliation avec soi
Au niveau de son poids, elle a perdu 27 kg un an après l'intervention, mais cela ne lui semble pas suffisant et les quelques kilos qu'elle reprend la confortent dans son sentiment d'échec.
Soad prend conscience qu'elle doit se faire aider et entreprend un travail psychologique de fond, qu'elle complète avec la pratique du shiatsu et de la sophrologie.
L'association de patients lui est d'un grand secours, elle peut échanger avec les autres adhérents sur ses difficultés. « J'y trouve ce que je n'ai pas trouvé avec le monde médical. Grâce à deux personnes de l'association, j'ai repris une activité physique. On va deux fois par semaine faire le tour du Lac de Maine. Je complète avec du vélo chez le kiné et du tapis de course chez moi ».
Au niveau diététique, Soad se reprend en main également : « je fais très attention aux additifs et conservateurs, je mange ce que je prépare moi-même, beaucoup moins de viande, plus de poisson ».
Le côté spirituel l'aide beaucoup. « Cette année, je fais le Ramadan, je veux montrer à d'autres personnes opérées que c'est possible, on peut tester son corps, mais sans le forcer. Bien sûr, mon médecin m'a dit de faire attention ».
Pour Soad, cette période actuelle est « une réconciliation avec soi, pour ne plus être en colère pour tout et rien ». Elle retrouve de la sérénité et apprécie les bénéfices de l'opération : « je peux à nouveau mettre mes chaussures, bouger librement dans la douche, faire la cuisine sans me fatiguer, trouver des vêtements à ma taille dans les magasins ».
Et Soad conclut : « le côté humain est primordial tout au long du parcours. Quand on est obèse, les gens nous mettent dans une autre catégorie. Aujourd'hui, ils me voient comme normale et viennent plus facilement vers moi. Mais moi, je me vois encore obèse ». Le chemin de la réconciliation est long…

Propos recueillies par Anne-Cécile Adam

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