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SRAE Nutrition

Témoignage obésité : Patricia, 60 ans

La SRAE Nutrition poursuit sa série de témoignages consacrés à l’obésité et à la chirurgie bariatrique. Patricia a 60 ans et vit à Angers. Son histoire n’est pas simple, mais c’est celle d’une femme qui ne baisse pas les bras.

Patricia Bidi

L’enfance que raconte Patricia est douloureuse : « j’avais un père violent et incestueux. A 5 ans, j’étais suivie pour anorexie. L’hôpital était pour moi un refuge, les infirmières prenaient soin de moi. Mais il fallait toujours que je rentre chez moi ». Patricia va suivre beaucoup de traitements et prend du poids à l’adolescence. Elle se souvient : « je ne m’aimais pas parce qu’on ne m’aimait pas ». Entre son père maltraitant, sa mère qui ne la protège pas et ses demi frères et sœurs qui la rejettent, elle est seule.

La honte de manger
A l’âge adulte, elle se marie avec un homme qui lui aussi la maltraite. Patricia va avoir trois enfants : « après chaque grossesse, j’ai pris 10 kg et je suis montée à 130 kg. Mais l’obésité, c’était quelque chose de normal, ma mère pesait plus de 130 kg ». Elle suit des régimes après ses grossesses, sans succès : «ma vie était tellement merdique, c’était trop dur de tenir ». Elle fait des crises de boulimie, « je mangeais des paquets de nouille ». Elle a des problèmes de vomissement, a du mal à ingérer la nourriture : « c’était difficile pour moi de manger en public, j’avais honte ». A cette époque, elle fait ses vêtements elle-même pour ne pas aller dans les magasins : « je me suis enfermée dans une prison qui était ma maison ».

Le by-pass pour survivre
En 2006, on lui décèle une cirrhose du foie, probablement due à son obésité : « le médecin m’a dit que je n’avais plus que six mois à vivre, sauf si je me faisais opérer d’un by-pass ». Patricia est envoyée en urgence chez un chirurgien à Angers : « mon mari venait de me quitter, je n’avais plus envie de vivre ». Elle va démarrer un suivi psychologique intensif et accepte de suivre le parcours pré-opératoire jusqu’à l’intervention en novembre 2006. Patricia n’y va pas par quatre chemins : « ils m’ont sauvé la vie ».

Après le by-pass, elle va perdre 41 kg et son diabète disparait. La cirrhose est toujours là, mais elle ne s’est pas aggravée. Elle doit être suivie régulièrement. Elle a repris l’activité physique : « je faisais 5 km de marche par jour ». Cependant sa masse musculaire est basse et cela va lui occasionner bien des problèmes.

Un corps qui lâche
« En 2010, j’ai eu un accident, deux tendons coupés dans un bras, et j’ai dû subir une intervention. Les choses se sont compliquées par la suite avec une algodystrophie. J’ai dû arrêter l’activité physique du jour au lendemain, j’ai repris 25 kg et mon diabète est revenu ».
Malheureusement, cet accident ne sera pas le seul, Patricia multiplie les entorses et les fractures. Son corps lâche, elle fait également des phlébites et des embolies pulmonaires. Depuis avril dernier, une paralysie de la jambe droite l’oblige à marcher avec une canne. Elle a fait des malaises successifs au travail, à cause de son diabète. Son activité professionnelle sur une plate-forme téléphonique est stressante. Elle avait obtenu un aménagement d’horaire et de poste, mais a été déclarée inapte depuis 2016.

Un avenir incertain
Face à sa reprise de poids, son chirurgien lui a proposé une nouvelle intervention, un switch duodénal. Mais il n’est pas en accord avec l’endocrinologue : « on m’a laissé un message sur mon répondeur pour me dire de me débrouiller toute seule. Je trouve cela lamentable, on aurait pu me le dire en face ». Désormais Patricia attend son prochain rendez-vous avec l’endocrinologue en décembre : « je vais voir ce qu’elle va me dire. Ce n’est pas une question de régime, mon diabétologue m’a dit que ce n’était pas ça. Je n’ai pas de carences vitaminiques non plus. Par contre je suis vraiment limitée au niveau de mon activité physique ».

Une vie reprise en main
Malgré toutes ses difficultés, Patricia voit les choses avec lucidité : « même si je ne l’ai pas demandée, grâce à l’intervention j’ai repris ma vie en main. J’ai plaisir à être chez moi, je m’entends bien avec mes voisins, sur qui je peux compter ». Mais Patricia donne aussi de sa personne : « je m’investis dans des associations. J’aide des personnes en difficulté dans leurs démarches administratives et je participe au conseil citoyen de mon quartier ». Elle poursuit le travail psychologique qu’elle a engagé et porte un regard neuf sur son passé : « ma séparation m’a permis de devenir une autre personne. Je n’ai plus besoin de quelqu’un pour être bien avec moi-même et malgré la reprise de poids, j’ai une image de moi positive. Je suis beaucoup mieux dans ma tête ». Une belle leçon de courage.

Propos recueillis par Anne-Cécile Adam

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