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SRAE Nutrition

Témoignage obésité : Anthony, 40 ans

La SRAE Nutrition poursuit sa série de témoignages consacrés à l’obésité et à la chirurgie bariatrique. Anthony nous a reçu chez lui à Craon, en Mayenne, pour un témoignage sans détours.

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Anthony a son franc parler. Quand il évoque sa famille, n’y va pas par quatre chemins : « les grands-parents, les parents, les frères et sœurs… ils sont tous gros ! » Un constat qui peut paraître abrupte, mais qui a eu pour lui des côtés rassurants : « A 23 ans je pesais 90 kg pour 1,85 m et je me sentais bien. Douze ans plus tard, lorsque j’ai atteint 135 kg, je ne me suis pas inquiété, avec cette hérédité ». Il n’a d’ailleurs pas de souvenirs précis de son alimentation à cette époque.

Se soigner, pour ses filles
Une chose est cependant essentielle pour lui : ses trois filles. Son poids le limite dans les activités physiques qu’il peut partager avec elles : « je n’ai pas fait des enfants pour ne pas en profiter ». Il décide donc d’en parler à son médecin traitant, qui va l’envoyer voir un chirurgien. « J’avais déjà consulté un nutritionniste en 2009. Le problème, c’est que je continuais à grossir malgré l’équilibre alimentaire que je respectais à la lettre ». Des problèmes de santé, il en avait quelques autres, il souffrait notamment de narcolepsie depuis dix ans. « C’est quand je me suis fait soigner pour une apnée du sommeil à l’unité du sommeil de Laval que j’ai appris que la narcolepsie était due à mon poids, c’est la phase avant l’apnée. » 

Après l’opération, « la descente aux enfers »
Une fois le chirurgien rencontré, Anthony prend sa décision rapidement et il intègre le protocole d’une clinique à Angers en juillet 2012. Il se fait opérer d’un by-pass en mars 2013. « Tout s’est passé dans de bonnes conditions. Bon, c’est vrai qu’on est calé au bout de deux cuillérées ! En fait, on a peur de se faire du mal en mangeant trop ».

Anthony va alors maigrir vite, et beaucoup : il perd 60 kg en 6 mois. Il se souvient : « A 74 kg, j’étais trop maigre, je ne tenais plus debout ». Commence alors pour lui ce qu’il appelle « sa descente aux enfers » : « je n’arrivais pas à me remettre de l’opération, j’étais fatigué tout le temps ». Pour les personnes qui l’entourent, rien d’alarmant : « on me disait, c’est normal, tu es en train de maigrir ». 

Une vie bouleversée
A cette même période, son contexte de vie est bouleversé. Il se sépare de sa femme après 17 ans de vie commune et ne voit plus ses filles qu’en garde alternée. Côté professionnel, Anthony avait, après l’intervention, repris son poste de chef cuisinier dans un centre pour adultes handicapés, mais il passe à mi-temps au bout de 18 mois : « Je mangeais dix fois par jour pour tenir au travail, mes collègues me disaient, tu ne fais que ça ». Anthony multiplie les malaises, il est hospitalisé plusieurs fois. Il faut attendre deux ans et l’avis d’un spécialiste toulousain pour lui diagnostiquer une hypoglycémie. Le traitement qui lui est prescrit lui procure une nette amélioration grâce à une stabilisation de sa glycémie.

Une incompréhension face à la douleur
L’intervention a permis de résoudre ses problèmes de diabète et d’apnée du sommeil. Mais Anthony souffre, beaucoup. Il ressent des douleurs partout, sans pour autant se sentir entendu ni compris par les médecins qui le suivent : « on m’a dit que c’était dans ma tête, qu’il n’y avait pas de lien avec l’intervention ». Un rhumatologue lui conseille d’aller au centre anti-douleur de Château-Gontier où on lui diagnostique une fibromyalgie : « ça n’a pas résolu mes douleurs, mais au moins cela permet de mettre un nom dessus ».

Anthony vient de démarrer un suivi psychologique dans ce même centre : « j’ai besoin de dire que j’en ai assez d’avoir mal, je suis une personne avant d’être un malade ». Un message qui n’est pas simple à faire passer, lui qui va être licencié prochainement pour inaptitude médicale, après avoir été classé en invalidité catégorie 2. « J’ai un travail de deuil professionnel à faire. J’espère que tourner cette page me permettra de m’ouvrir à d’autres choses ». 

Une vie en-dehors des kilos
Anthony peut compter sur ses trois piliers : ses trois filles qui sont « sa priorité absolue », Stéphane son compagnon, qu’il a épousé l’année dernière et les amis de l’association OSEZ 49, qu’il voit régulièrement et avec qui « il ne parle pas que d’obésité, parce qu’on a une vie en-dehors des kilos ». Pour autant, Anthony ne lâche pas sa balance facilement, il admet se peser tous les jours : « prendre soin de moi est devenu important, j’ai retrouvé le plaisir de m’habiller et de faire les magasins ». Une recherche d’équilibre, faite de volonté, paradoxes et fragilité.

Propos recueillis par Anne-Cécile Adam

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