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SRAE Nutrition

Focus métier : Anne-Gaëlle Courouble, psychologue clinicienne

Les patients souffrant d'obésité sévère sont 2 à 3 fois plus à risque de souffrir de désordres psychiatriques, notamment de troubles du comportement alimentaire. Nous avons rencontré Anne-Gaëlle Courouble, psychologue clinicienne qui accompagne ces patients à Orvault (44).

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Quel a été votre parcours pour devenir psychologue clinicienne ?
J’ai une formation initiale d’ingénieur informatique, mais j’ai travaillé pendant 17 ans dans une grosse entreprise sur d’autres fonctions, en management, ressources humaines et marketing. Quand j’étais DRH, j’ai vécu les limites de mon poste dans l’aide aux personnes sur des problématiques d’alcoolisme, surendettement, suicide... J’ai eu envie d’aller plus loin dans la compréhension du fonctionnement psychique. En 2007, j’ai donc démarré une formation à distance en psychologie avec l’université de Toulouse. J’ai ensuite quitté mon poste pour faire le Master en présentiel et j’ai obtenu mon diplôme de psychologue clinicienne en 2011.

Comment avez-vous démarré la prise en charge des patients souffrant d’obésité ?
Après mon Master, j’ai été embauchée à mi-temps dans un EHPAD et je me suis installée en libérale pour l'autre mi-temps. Je partageais mon cabinet avec deux diététiciennes, qui m’ont progressivement adressée des patients avec des troubles du comportement alimentaire lorsque les limites de leur prise en charge étaient atteintes, c’est-à-dire quand les personnes avaient toutes les clés au niveau de l’éducation alimentaire mais n’arrivaient pas à perdre du poids. Je me suis rendue compte qu’en traitant leurs problèmes psychiques, ils pouvaient perdre jusqu’à 30-35 kg l’année suivante.
Mes deux collègues diététiciennes faisaient partie du parcours de chirurgie bariatrique de Toulouse, que j’ai moi-même progressivement intégré. J’ai fait beaucoup d’auto-formation, j’ai participé également à des journées de formation au CHU de Toulouse sur l’obésité et les troubles du comportement alimentaire.

Comment se passe votre activité depuis votre arrivée à Nantes ?
En septembre 2016, j’ai quitté Toulouse pour suivre mon mari qui était muté à Nantes. Il a fallu que je redémarre de zéro avec la patientèle de mon cabinet. J’ai rencontré un maximum de personnes dans les différents réseaux : le réseau de psychologues et psychiatres de Loire-Atlantique pour la prise en charge de l’obésité, la co-vision du Groupe de Réflexion sur l’Obésité et le Surpoids (GROS), la SRAE Nutrition, le réseau ABELA (Anorexie et Boulimie en Loire-Atlantique), les associations de patients… J’ai fait un remplacement congé maternité au CHU de Nantes au service d’endocrinologie et j’ai commencé à intervenir bénévolement pour l’association de patients vendéenne le Cocon, avec des demi-journées de consultation individuelle tous les mois et un atelier estime de soi tous les deux mois. A partir d’avril prochain, je vais assurer une journée par semaine de consultations en chirurgie bariatrique à la clinique Jules Verne.

En quoi la prise en charge des patients obèses est-elle spécifique ?
Dans la grande majorité des cas, l’obésité est liée à une problématique psychique ou émotionnelle. On est fréquemment en présence de traumatismes (viols, agressions…), de carences affectives, ou bien de prises en charge trop restrictives dès l’enfance menant à des obésités sévères.
A cela il faut ajouter le dénigrement familial, sociétal, à l’école et au collège pour les plus jeunes… On pense souvent d’eux qu’ils manquent de volonté, qu’ils ne savent pas résister à la tentation.
Ce sont des personnes à l’estime de soi très dégradée, pas seulement sur leur image, mais plus globalement sur leur place. La stigmatisation de leur poids les conduit souvent à un contrôle extrême de leur alimentation, jusqu’à des troubles du comportement alimentaire.

Quel est votre lien avec les autres professionnels impliqués dans leur prise en charge ?
C’est une autre spécificité de cette prise en charge : il faut avoir un lien très fort avec les autres professionnels : médecins endocrinologues et nutritionnistes, médecins généralistes, chirurgiens, diététiciennes, psychiatres… Je n’hésite pas à les inviter à mon cabinet pour échanger ensemble sur la prise en charge de patients. Je les rencontre également dans les cadre des réunions de concertation pluridisciplinaires de chirurgie bariatrique, des réunions organisées par la SRAE Nutrition, le GROS…
J’adresse aussi mes patients à d’autres relais, que ce soit une salle de sport, un atelier passerelle, une association de patients…

Quelles sont vos difficultés et satisfactions dans le cadre de la prise en charge de ces patients ?
Parfois on n’arrive pas à aider un patient et dans ce cas, je n’hésite pas à l’orienter vers d’autres approches (hypnose, EMDR…) ou professionnels (psychiatres…). Il faut multiplier les tentatives et quand on exerce en libéral, il ne faut pas être isolé.
Et je ressens de la satisfaction quand la personne que j’accompagne a trouvé son poids d’équilibre, ou arrive à s’accepter telle qu’elle est, qu’elle a réussi à résoudre ses troubles du comportement alimentaire, et qu’elle peut dorénavant s’investir pleinement et sereinement dans sa vie.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?
Je suis actuellement en formation auprès du Groupe de Réflexion sur l’Obésité et le Surpoids, c’est une approche de l’obésité qui correspond à la conception que j’ai de ma pratique.
Je suis également en cours de création d’un blog dédié aux personnes en surpoids et obésité, pour les aider à comprendre les mécanismes de la maladie, leur donner des clés pour essayer d’aller mieux. Le lancement de Unpoidsenmoins.com est prévu en mai (nb : depuis, le blog est disponible en ligne).
J’ai aussi été sollicitée pour monter et animer l’antenne Loire-Atlantique de la Ligue Contre l’Obésité, son Bureau est en cours de création. Cette association aura vocation à faire parler de la maladie et faire de la prévention, notamment au travers d’actions grand public.

Propos recueillis par Anne-Cécile Adam

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"Passerelle : de l'enfant à l'adulte, de la nutrition à la psychiatrie"